Au nom de la dévotion

Jean-Jacques Annaud, dans son adaptation du roman d’Umberto Eco, Le Nom de la rose, nous dépeint un Moyen Age sombre, glauque, à l’atmosphère pesante, pendant lequel les conflits d’ordre religieux font rage et les cathédrales brûlent sous les croassements des corbeaux.

Le terme de dévotion prend tout son sens dans cette intrigue qui se déroule au sein d’une abbaye bénédictine italienne, perdue au milieu de nulle part, siège infernal de toute une série de meurtres, de mystères, de prières, d’injustice et d’amour.

La dévotion, puissante, éloigne l’être de toute conscience. Seules la foi et la personne vénérée comptent. Le reste n’est qu’abstraction. Jusqu’où peut mener la dévotion ? Jusqu’au pire. Les limites n’existent plus, la pensée devient incontrôlée et seul l’acte compte. N’allons pas croire que la dévotion n’est que religieuse et qu’elle n’engendre que du positif car elle peut être aussi tout ce qu’il y a de plus négatif.

Noli me tangere, Maître de la chronique scandaleuse vers 1500.

Quel meilleur exemple de dévotion que celui de la femme, considérée dans le film comme un être maléfique provenant de l’Enfer. Cette scène de sexe entre la paysanne et Adso le jeune Bénédictin, dans une des cuisines malodorantes de l’abbaye en donne la preuve. La femme, être vénéré, tant désiré poussera le jeune homme au pêché et l’éloignera de toutes ses lois morales. Ou quand le désir devient plus fort que la raison.

Une autre forme de dévotion évoquée dans le film est la quête du savoir, de la connaissance. Avec cette impressionnante bibliothèque, construite comme un lieu protégé qui contient le livre du philosophe vénéré dans le film par Sean Connery dans son rôle de moine : Le Livre II de la Poétique, d’Aristote, qui sera en réalité la cause des différents meurtres.

Enfin, la dévotion religieuse, notamment très présente dans le film, encourageant le croyant à prier le plus possible. D’où la réalisation de manuscrits enluminés représentant des prières illustrées, écrits à la main et richement décorés.

La dévotion, sous ses différentes formes, si elle était une des caractéristiques du Moyen Age, est encore présente de nos jours mais probablement à un degré moindre. Encore faut-il savoir que cela est de la dévotion.

Couronnement de la Vierge (détail),
Livres des Heures
Vers 1420-30. Paris

Pour pouvoir apprécier et découvrir ces œuvres de dévotion publique, communautaire et littéraire, le Getty Center de Los Angeles vous ouvre les portes de son exposition The Art of devotion in the Middle Ages du 28 Août au 11 Novembre 2012 ainsi que du 13 Novembre au 3 Février 2013.

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