Hans Holbein : la beauté à l’épreuve de la réalité

Il n’y a pas moins original que le thème de la Beauté dans l’Art. À croire qu’aucun modèle au physique difficile n’a jamais voulu se faire tirer le portrait. Il y en a pourtant, et ils semblent être fortement concentrés du côté de la Renaissance germanique, en particulier sous le pinceau d’Hans Holbein le Jeune (vers 1497-1543).

Dans son tableau le plus célèbre, Les Ambassadeurs, les deux modèles ne semblent pas vraiment enchantés de poser pour le peintre. Ils ne sont pas très beaux, ont de l’embonpoint. On discernerait même un mono-sourcil. En bref, ils n’appellent pas le plaisir des sens. Pourtant, ils ont quelque chose de fascinant. Ils ont l’air vrai.

Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs, Jean de Dinteville et Georges de Selve, 1533. Huile et tempera sur bois, 207 x 209 cm. National Gallery, Londres.
Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs, Jean de Dinteville et Georges de Selve, 1533.
Huile et tempera sur bois, 207 x 209 cm.
National Gallery, Londres.

Ce réalisme avant l’heure est caractéristique des peintres germaniques. Loin des corps bodybuildés de Michel-Ange à la Sixtine ou des attitudes improbables de Rosso Fiorentino, les personnages sont peu, voire pas idéalisés. Il faut dire aussi que les sujets profanes, très ancrés dans la tradition de la peinture germanique, s’y prêtent plus facilement que les sujets religieux. Vous n’imaginez pas une Sainte-Vierge ressemblant à un laideron quand même ? Les spectateurs de la Renaissance non plus.

Michelangelo Buonarroti, Figure d’ignudo (détail), 1511. Peinture à fresque. Chapelle Sixtine (1505-1512), Rome.
Michelangelo Buonarroti, Figure d’ignudo (détail), 1511.
Peinture à fresque.
Chapelle Sixtine (1505-1512), Rome.

Cette vérité qui ressort des portraits d’Holbein ne vient donc pas de la beauté physique mais de la réalité qu’ils incarnent. Leurs traits parfois disgrâcieux n’en sont que plus intenses et procurent un sentiment d’étrange familiarité. Les deux ambassadeurs, bien qu’engonçés dans de magnifiques atours aux reflets parfaitement maîtrisés par l’artiste, sont de vrais êtres de chair. Ils s’appuient sur leurs instruments de mesure, preuve de leur culture scientifique, mais ils savent ce qui va leur arriver. Beaux ou laids, ils ne sont pas éternels. Holbein les peint dans la vérité de ce constat. Il n’y a qu’à voir leur regard. La Mort est à leurs pieds, dans le crâne anamorphosé mais aussi dans tous les objets qui les entourent. Ce tableau est avant tout une Vanité : les ambassadeurs n’ont donc pas à être idéalisés puisqu’ils sont les témoins de la finitude de leur existence. Et la seule façon de tromper la mort c’est bien de se faire tirer le portrait. Alors bon, tant pis pour le double menton.

Si vous aimez les beautés étranges et dérangeantes, alors l’exposition qui se tient du 19 février au 11 mai 2014 à la National Gallery de Londres est faite pour vous. Strange Beauty : Masters of the German Renaissance présente notamment des peintures de Hans Holbein le Jeune, Albrecht Dürer et Lucas Cranach le Jeune. L’occasion pour le musée de s’attarder sur l’évolution du goût et les particularités de la Renaissance germanique par rapport à la fameuse italienne. Autre possibilité : consulter les ouvrages de Parkstone International sur la Renaissance.

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