Voyages au Royaume de Perse

Pour fêter nos retrouvailles, mon amie me tend un livre en guise de cadeau. Mes yeux caressent le titre et un sourire s’esquisse sur mon visage : Miniatures Persanes. En le feuilletant, je fais la découverte d’une culture artistique opulente et gracieuse. Calligraphies et enluminures enchantent cet ouvrage.

La finesse des écritures et le charme des peintures me transportent dans le royaume de Perse et je m’oublie quelques instants dans mes souvenirs lointains.

C’était un soir, à la fin de la période estivale. Perdue dans les rues de Téhéran, je marchais enivrée des doux parfums d’Orient. Au croisement d’une rue, une musique pop-rock séduisit ma curiosité et m’entraina dans un caveau, niche du mouvement underground de l’art persan. De mes pieds, je piétinais les marches qui m’amenèrent jusqu’à Hossein Edalatkhah et Amir Hossein Akhavan, figures montantes de la peinture contemporaine. Aux murs s’impatientaient quelques-unes de leurs toiles : les couleurs chaudes sublimées par l’aplat de feuilles d’or, les thèmes floraux et la céramique n’étaient pas sans rappeler les enluminures d’antan. Les noms de Mir Sayid Ali et Kamal ud-Din Behzad se pendaient aux lèvres des jeunes artistes et brillaient dans leurs regards admiratifs.

Sans titre, Hossein Edalatkhah, 2007.
Sans titre, Hossein Edalatkhah, 2007.
Peinture sur toile.
Collection privée de Amirhoushang Zoghi .

Sur ce même pan de mur, les photographies de la célèbre artiste Shirin Neshat me lorgnaient avec provocation. Figure de proue de l’art persan du XXIe siècle, elle puise dans l’histoire de son pays pour donner naissance à ses créations. Artiste multidisciplinaire, son travail fut reconnu dans le monde entier et ses œuvres exposées dans les plus grands musées. Réalisatrice de renommée internationale, elle reçut le Lion d’or en 1999 à la Biennale de Venise pour ses projets Turbulent et Rapture. La série de photographies que j’observais, était un savant mélange de calligraphies anciennes appliquées sur les corps des modèles, et de mises en scène contemporaines.

Sans titre, Shirin Neshat 1996.
Sans titre, Shirin Neshat 1996.
Photographie.
The Gladstone Gallery, New York.

Dans la salle, je retrouvais ces écritures sur les habits de certains invités. On m’expliquait alors qu’il s’agit-là du travail du styliste Nima Behnoud qui habillait de ses calligraphies de nombreuses célébrités comme Jim Carey ou Heidi Klum. Emanant de la scène, le morceau « New Century » du groupe persan Yellow Dogs chatouillait mes souvenirs de ses sonorités rock, et je me souvins de ce film Les Chats persans de Bahman Ghobadi. Récompensé au festival de Cannes en 2009, j’avais été saisie par la beauté de la réalisation et les mélodies de Yellow Dogs. Comme le groupe Habibi, on relève des extraits de poèmes de Hafez, illustre penseur persan du XIVe siècle.

Emportée par l’effusion artistique de ce peuple millénaire, je m’oubliais pour la nuit dans ce berceau oriental bouillonnant et mystérieux.

« – Alors, ça te plaît ? »

Mon regard remercie mon amie et se replonge dans mon ouvrage où je retrouve les créations d’hier et les inspirations de demain. Je tourne la page et décolle à nouveau vers les contrées lointaines du Royaume de Perse.

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