PHASE 2, Majestic : Athanasian Confrontation, 1984. Aérosol peint sur toile, 207 x 454 cm. Groninger Museum, Groningen.

Bomber le gris, Combler le vide

Premier voyage à Rome ; choc. Les murs de la cité antique recouverts de tags, d’inscriptions incompréhensibles. Les immeubles, les boîtes aux lettres, les panneaux de signalisation. Les bus, les trains, rien ne semblait pouvoir échapper aux  taggeurs. Je venais pour découvrir le Forum romain, le Colisée. En marchant dans les ruelles, ou bien le long du Tibre, je découvrais le street art… à l’italienne.

Trois ans plus tard, premier  voyage à Berlin. Le choc a laissé place à l’émerveillement. Dans la partie Est de la ville, je découvre un monde nouveau, un monde « souterrain ». Non loin de la fameuse East Side Gallery, des usines désaffectées, des hôpitaux abandonnés et autres bâtiments, tristes vestiges d’un passé pas si passé que ça,  sont transformés en galeries à ciel ouvert.

Quelques années plus tard, la capitale allemande est devenue l’une des destinations préférées des jeunes européens. La fameuse réplique du maire de Berlin, Klaus Wowereit, à un journaliste a été érigée en slogan : « ARM, ABER SEXY » ; Berlin est « pauvre, mais sexy ». On pose devant ses murs recouverts de graffitis, devant ces « images » devenues canoniques. Peu à peu, la ville s’enrichit mais perd ce qui faisait d’elle la petite sœur marginale des autres capitales européennes.

Il semble en effet que le marginal, l’alternatif, l’underground ne soient pas fait pour durer éternellement. C’est ce caractère éphémère qui fait sa force, et qui le rend « sexy ». Le Colisée ou la porte de Brandebourg seront encore debout lorsque le temps aura effacé les graffitis.

PHASE 2, Majestic : Athanasian Confrontation, 1984. Aérosol peint sur toile, 207 x 454 cm. Groninger Museum, Groningen.
PHASE 2, Majestic : Athanasian Confrontation, 1984. Aérosol peint sur toile, 207 x 454 cm. Groninger Museum, Groningen.

Et pourtant, certains ont réussi à hisser cette pratique au rang d’art ; je pense à Rammellzee, à Dondi, Bando et Banksy. À Daze, A-One ou Toxic À Basquiat bien sûr, et à Keith Haring qui, avant les autres, ont réussi à faire leur place dans le marché de l’art. Des murs du métro new-yorkais aux toiles exposées dans les galeries « bobos », on lui a même donné un nom : le pressionnisme, en référence aux bombes aérosol (contenant la peinture sous pression) utilisées pour bomber les espaces vides et recouvrir les murs trop gris.

Que ce soit en Europe, aux États-Unis ou partout ailleurs dans le monde, cette pratique comporte en son sein l’idée de territoire ; il s’agit de marquer de son nom les espaces habités ou traversés, de laisser son empreinte. Peu à peu, cette idée s’est doublée d’une conception esthétisante, annoncée par le choix de supports de plus en plus proches de ceux utilisés par les peintres « traditionnels », comme la toile, le carton, etc. De la même manière, les artistes du pressionnisme ont fait évoluer leur art en établissant des codes, en s’affrontant les uns les autres. Et personnellement, j’ai tendance à préférer une bataille qui se joue à coup de bombes de couleurs.

DAZE, Transition, 1982. Acrylique peint sur toile, 68,5 x 122 cm. American Graffiti Museum, New York.
DAZE, Transition, 1982. Acrylique peint sur toile, 68,5 x 122 cm. American Graffiti Museum, New York.

Du 12 mars au 13 septembre 2015, la Pinacothèque de Paris revient sur l’histoire de ce qu’il nous faut aujourd’hui considérer comme un véritable mouvement artistique, à l’instar de l’impressionnisme, qui a d’ailleurs plus d’un point commun avec ce dernier : une acceptation difficile de la part de la critique, un rôle important joué par les collectionneurs privés et un engouement tardif mais bouillonnant envers ses « chefs-d’œuvre ». C’est là tout le message délivré par les organisateurs de l’exposition  Le Pressionnisme, les chefs-d’œuvre du graffiti sur toile, de Basquiat à Bando qui vise à combler le vide qui l’entoure : il est possible que cela ne plaise pas à tout le monde. Mais les frontières de l’art n’ont été fixées que pour être indéfiniment dépassées.

Et pour en savoir encore plus, n’oubliez pas le catalogue de l’exposition publié par Parkstone International.

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