Maurice Denis, Triple Portrait de Marthe fiancée, 1892. Huile sur toile. Dépôt du musée municipal de Saint-Germain-en-Laye, Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye.

À la rencontre de Maurice Denis : « Pas besoin de partir loin pour voyager »

Affiche de la campagne patrimoine Ile de France par SNCF Transilien et du STIF  Crédits : SNCF Transilien
Affiche de la campagne patrimoine Ile de France par SNCF Transilien et du STIF
Crédits : SNCF Transilien

Ce n’est pas de moi… mais de la SNCF. « Pas besoin de partir loin pour voyager », voilà le slogan d’une nouvelle campagne publicitaire de la SNCF en collaboration avec la STIF (Société des Transports d’Île de France). Je suis toujours sacrément étonnée par leurs trouvailles. Après avoir placé des pianos dans ses gares, la Société Nationale des Chemins de Fer veut nous offrir « la culture à portée de train ». Le train et la culture ; la culture et le train… Étonnée parce que généralement, en ce qui me concerne, les voyages en train sont rarement des moments de grande élévation intellectuelle ; c’est-à-dire que j’entreprends rarement de me cultiver dans un train. Non, je lis Glamour (comme tout le monde). Regardez les livres que l’on trouve dans les Relais et autres kiosques à journaux dans les gares. Rarement de la grande littérature.

Mais la SNCF n’en reste pas là ; pour nous accompagner dans nos trajets en Île de France, elle a même lancé une application : Hapi ! Grâce à elle, on accède à des anecdotes sur les lieux traversés, les musées qui s’y trouvent ou encore les personnages célèbres qui y ont habité. De petits cours d’histoire ludiques, 3.0.

Et ça, j’ai beau trouvé ça drôle, en tant que provinciale, j’apprécie plutôt l’initiative. L’époque de la grande centralisation est bien finie. Déjà avec l’ouverture du Louvre-Lens, quelque chose s’était mis en route. Les Parisiens prenaient le train. Pour aller au musée. À Lens. Il faut être Français (et ne pas être originaire  de Lens !) pour savoir à quel point cela semblait  inconcevable  jusqu’alors.

Et en effet, plus on se rapproche de la capitale, plus il est difficile de faire sa place dans le monde fermé de la culture. À 800 kilomètres de Paris, aux « portes de l’Orient », l’ouverture du MUCEM à Marseille a fait grand bruit. Moins de trois heures en TGV. En revanche, il faudra être un peu plus aventureux pour se rendre à la plage fluviale de l’Isle-Adam. Ou à l’Abbaye de Maubuisson dans le Val d’Oise qui, comme son nom ne l’indique pas, est un site d’art contemporain. Et connaissiez-vous seulement le Musée du Plâtre à Corbeille-en-Parisis ?

Maurice Denis, Le Dessert dans le jardin, 1897. Huile sur toile, 100 x 120 cm. Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye.
Maurice Denis, Le Dessert dans le jardin, 1897. Huile sur toile, 100 x 120 cm. Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye.

Voilà le véritable but de cette campagne : faire (re-)découvrir un patrimoine riche, mais négligé du seul fait de sa localisation ; car la « banlieue » a une connotation péjorative dans notre imaginaire collectif. Et de nombreux habitants de la grande région parisienne, habitués au rythme « métro-boulot-dodo » et aux « cités-dortoirs », oublient que la banlieue a autre chose à offrir que ses longs et éprouvants trajets sur les lignes du réseau transilien. Pourtant, de belles découvertes attendent ceux qui s’y aventurent, comme le Musée départemental  Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye. Situé dans la maison-atelier du peintre, le musée regroupe une importante collection d’œuvres de Maurice Denis lui-même, mais également de peintres symbolistes et « Nabis » tels que Paul Sérusier, Émile Bernard, Odilon Redon, Pierre Bonnard ou encore Félix Vallotton. On peut également y voir des tableaux et sculptures de Paul Gauguin ou de Piet Mondrian.

Maurice Denis, Triple Portrait de Marthe fiancée, 1892. Huile sur toile. Dépôt du musée municipal de Saint-Germain-en-Laye, Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye.
Maurice Denis, Triple Portrait de Marthe fiancée, 1892. Huile sur toile. Dépôt du musée municipal de Saint-Germain-en-Laye, Musée départemental Maurice Denis, Saint-Germain-en-Laye.

Une fois sur place, on pénètre dans l’intimité de l’artiste en même temps que l’on découvre des tableaux plus personnels, des scènes familiales représentant ses proches chez eux ou sur les plages de Bretagne, le visage de sa femme et muse, Marthe Meurier, de ses enfants. Plus intimiste aussi, parce que c’est là qu’il a vécu et crée ; j’ai beau aimé le Musée d’Orsay et son architecture impressionnante (où l’on peut d’ailleurs également admirer les œuvres du « Nabi aux belles icônes »), il me manque cette proximité si particulière  ̶  la même que l’on peut ressentir quand on visite la maison Cocteau à Milly-la-Forêt (dans le 91 !) ou celle de Dalí à Portlligat  ̶  qui nous rappelle le caractère résolument humain, bien qu’exceptionnels, des artistes que nous aimons. Ce musée est un bel hommage pour un artiste qui, toute sa vie, a œuvré dans le sens d’une intégration de l’Art dans la vie quotidienne.

Maintenant, vous savez ce qu’il vous reste à faire ; Sortez de votre zone de confort, faites le chemin à l’envers et « empruntez la ligne A, descendez en gare de Saint-Germain-en-Laye », Maurice Denis vous invite chez lui ! Et pour le temps du trajet, emportez avec vous le nouvel ouvrage de la collection Focus de Parkstone International consacré à l’artiste ; un bel avant-goût de ce qui vous attend sur place. C’est moins lourd que trois Glamour, promis !

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