Le Pressure Art ou LA MAUVAISE RÉPUTATION

Vandales

Casseurs

Délinquants

Artistes ?

Murs, mobiliers urbains, wagons, rien ne les arrête, rien ne leur échappe. Les villes ont beau voter des lois, prendre des mesures restrictives, punitives, condamner, effacer, nettoyer, cela ne change rien. L’art du graffiti a quarante ans, et ce n’est plus un enfant, mais un homme d’âge mûr, qui sait ce qu’il risque et qui apprécie ce risque ; c’est un jeu, un métier, un art, pratiqué en toute conscience.

Différents artistes. Aérosol peint sur wagons de métro. New York.
Différents artistes. Aérosol peint sur wagons de métro. New York.

L’exposition tant attendue en France consacrée aux chefs-d’œuvre du Pressure Art (ou pressionnisme) a ouvert ses portes en mars et se poursuit jusqu’au 13 septembre à la Pinacothèque de Paris ; on en parlait déjà ici en avril. Cinq mois après, l’exposition fait toujours autant parler d’elle ; journaux, revues, blogs spécialisés publient leurs impressions sur le pressionnisme, abordant toujours cette dichotomie qui semble insurmontable ; art de rue ou art tout court ? Légalité ou illégalité ? Mur ou toile ? Métro ou galerie d’art ? et posant toujours ces questions redondantes et polémiques ; L’entrée au musée de telles œuvres confère-t-elle un statut d’autorité à ce mouvement ? Pourquoi si tard ? Pourquoi maintenant ? Et si on n’aime pas, c’est grave docteur ?

Ce sont d’ailleurs les mêmes interrogations qu’en 1992 comme en témoigne ce reportage passé au JT de France 3 et conservé par l’INA. La vidéo commence ainsi ;

« Artistes ou pollueurs, l’un et l’autre, art à part entière ou phénomène socioculturel, discussion sans fin : où finissent les tags, où commencent les graffitis, les chats ont-ils une âme, le Musée national des monuments français s’en moque, il héberge généreusement ces pseudo chats de gouttière, français et américains qui préfèrent aujourd’hui les salons à la rue qui les a vus naître. »

C’était il y a vingt ans, lors de la première exposition, en France, d’œuvres de graffeurs et de taggeurs, et c’est toujours la même histoire aujourd’hui, n’est-ce pas ?

L’occasion nous est donnée de revenir aujourd’hui aux prémices de l’exposition et au statut de ces artistes de France et d’ailleurs rencontrés et encouragés par Alain-Dominique Gallizia, un architecte passionné de graffiti, commissaire de l’exposition de la Pinacothèque, qui fournit une grande partie des œuvres exposées (il était déjà à l’origine de l’exposition “TAG au Grand Palais” en 2009). Habité plus que tout par l’envie de conserver et de montrer cet « art éphémère », Gallizia tente d’aller au-delà de ce qui donne au pressionnisme cette mauvaise réputation. Pour cela, il a créé la « Ruche du tag », un espace ouvert, à la fois atelier et galerie, où il entrepose et expose une partie de sa collection et accueille des artistes et des visiteurs. Pour expliquer son engouement face à cet « art de rue », il fait le rapprochement avec son propre métier d’architecte dans une interview donnée au Point en août 2011 ;

« Je me demandais pourquoi moi j’avais le droit de signer les immeubles que je construisais et pourquoi toutes les belles choses qu’eux peignaient sur les palissades de chantier ne restaient pas. »

Et ailleurs, il dit encore ;

« [J]e ne prétends pas avoir réussi à faire partie de leur monde. Notre seul point commun, c’est d’être des artistes de la rue. Moi le premier, en tant qu’architecte. Pas d’architecte, pas de mur. Pas de mur, pas de graffiti. »

Nebay, un des artistes soutenu par Gallizia, explique sa propre pratique du graffiti dans un entretien publié par le site O2-Seine où il est interviewé aux côtés de deux autres artistes graffeurs français, Lazoo et Psykoze. Derrière ses mots se cachent à la fois l’attrait de l’interdit, mais également la volonté de créer et de s’améliorer ;

« C’est d’abord un plaisir immédiat, égoïste, plein d’adrénaline. Ça demande du courage, presque de l’héroïsme, de faire un tag. Et c’est seulement le lendemain, quand tu retournes le voir, que tu vas avoir une deuxième lecture, une autocritique. C’est comme ça qu’on progresse. »

Loin de se voir comme un criminel, un vandale ou un pollueur, il dit ;  « On n’a pas du sang sur les mains, on a de la peinture » ; l’une de ses œuvres s’intitule d’ailleurs « Mes mains sales ne font pas de moi un criminel », en référence à ses mains toujours recouvertes de peinture.

 

Banksy. If graffiti changed anything – it would be illegal, 2011. Londres.
Banksy. If graffiti changed anything – it would be illegal, 2011. Londres.

Criminel aussi, Gustave Eiffel en 1889 ? avec sa tour monstrueuse, « cauchemar inévitable et torturant […], carcasse métallique […], squelette disgracieux et géant », comme la décrit Guy de Maupassant en 1890 dans La Vie errante. On lui a reproché de défigurer Paris comme on reproche aujourd’hui aux taggeurs de défigurer et de salir Paris.

Et pourtant… Paris serait-il encore Paris aujourd’hui, sans ce monstre de métal ?

Bref, à chaque époque ses scandales ; laissons faire le temps au temps et, en attendant, allons découvrir les « les chefs-d’œuvre du graffiti sur toile de Basquiat à Bando » à la Pinacothèque de Paris ; et lisez et relisez, le catalogue de l’exposition publié par Parkstone International.

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