Georgia O’Keeffe, Rust Red Hills (Les Collines rouges), 1930. Huile sur toile, 40 x 76,2 cm. Sloan Fund Purchase. Brauer Museum of Art, Valparaiso. 62.02

Georgia O’Keeffe : une artiste américaine

Je ne connaissais pas Georgia O’Keeffe. Je ne savais pas d’où elle venait, je ne connaissais pas son histoire. Puis un jour, on a essayé de me la vendre comme la plus féministe des artistes américaines de son temps.

Alors j’ai voulu savoir. Car je ne connaissais pas beaucoup d’artistes américaines. Encore moins féministes.

Une des raisons de mon ignorance en la matière s’explique par le fait que l’artiste américaine est peu représentée en France. Aussi reste-t-elle en grande partie méconnue du grand public. Est-ce parce qu’il s’agit d’une femme ? Je ne crois pas. Est-ce parce qu’elle est américaine ? Très certainement.

Né en 1887, elle commença à peindre dès l’âge de 15 ans. Passion qui deviendra un métier, d’abord en tant qu’enseignante puis, à partir de 1918, en tant qu’artiste à part entière, poussée par le soutien sans bornes de son amant et mécène, Alfred Stieglitz, dont elle fut la muse.

Alfred Stieglitz, Georgia O’Keeffe, 1920-1922. Épreuve gélatino-argentique, 11,4 x 9 cm. Georgia O’Keeffe Museum, Santa Fe. Gift of The Georgia O’Keeffe Foundation © Georgia O’Keeffe Museum
Alfred Stieglitz, Georgia O’Keeffe, 1920-1922. Épreuve gélatino-argentique, 11,4 x 9 cm. Georgia O’Keeffe Museum, Santa Fe. Gift of The Georgia O’Keeffe Foundation © Georgia O’Keeffe Museum

Or, c’est ce dernier qui montra pour la première fois au public américain les œuvres de Picasso, Braque ou encore Matisse. En Europe, c’était l’époque des avant-gardes et des expérimentations en tout genre ; les mouvements en –isme se succédaient, rivalisaient, expérimentaient, détruisaient, reconstruisaient, etc. Difficile, en effet, de rivaliser avec l’effervescence artistique européenne de ce début de siècle. Les idées traversaient l’Atlantique, imprégnaient les artistes américains qui, à leur tour, faisaient le chemin à l’envers pour venir vivre, étudier ou créer à Paris : je pense notamment à Man Ray, qui fut dadaïste à New York avant d’être surréaliste à Paris. Mais ce mouvement avait commencé dès les années 1860 avec la révolution impressionniste et l’arrivée en France d’artistes tels que Whistler, Sargent ou encore Mary Cassatt.

Tout ça pour dire que ce qui explique, à mon avis, la réception (tardive ? incomplète ?) de l’œuvre de Georgia O’Keeffe en France, c’est justement que sa peinture se distingue par son caractère typiquement « américain ». Je m’explique ; il ne fait aucun doute qu’elle fut influencée par les recherches esthétiques et formelles du début du XXe siècle, et notamment dans son goût pour l’abstraction. Mais son inspiration, elle, est résolument « américaine » et puise ses sources dans les profondeurs de son être et du territoire qu’elle habita sa vie durant. Ses paysages en témoignent, autant que ses figures ou ses natures mortes. Il paraît d’ailleurs qu’elle resta totalement insensible face à nos paysages lors de son premier voyage en France en 1953.

Georgia O’Keeffe, Rust Red Hills (Les Collines rouges), 1930. Huile sur toile, 40 x 76,2 cm. Sloan Fund Purchase. Brauer Museum of Art, Valparaiso. 62.02
Georgia O’Keeffe, Rust Red Hills (Les Collines rouges), 1930. Huile sur toile, 40 x 76,2 cm. Sloan Fund Purchase. Brauer Museum of Art, Valparaiso. 62.02

Dur à accepter pour un peuple fier comme un coq qui croit habiter le plus beau pays du monde. Et qui attend donc trente ans pour consacrer à cette artiste majeure une monographie sur son territoire. L’erreur est réparée : ça se passe au musée de Grenoble du 7 novembre 2015 au 7 février 2016. Et pour patienter, procurez-vous l’ouvrage des éditions Parkstone International : O’Keeffe.

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