Lucien Clergue, dans les coulisses du drame

Une exposition consacrée aux premiers albums de Lucien Clergue ouvre ses portes le 14 novembre 2015 au Grand Palais : l’occasion pour nous de revenir sur le regard de ce photographe original et précurseur, ami de Picasso et de Cocteau et fondateur du Festival International de Photographies des Rencontres d’Arles.

En écoutant la bande annonce de l’exposition, j’ai été frappé par la voix de Lucien Clergue, par cet accent du Sud qui ne le quitta jamais et par sa façon d’expliquer les raisons pour lesquelles il décida, très jeune, de se consacrer à la photographie : sa mère voulait faire de lui un musicien, et l’inscrit très tôt à des cours de violon. Elle lui offre son premier appareil photo pour ses quatorze ans. Il commence à photographier sa ville natale, Arles et les paysages de sa région, les bords du Rhône, la Camargue…

Il trouve dans la photographie un moyen d’expression, plus éloquent encore que la musique, considérant sa caméra comme un moyen de s’introduire dans le spectacle vivant, de se retrouver véritablement « dans les coulisses du drame ». Et d’être ainsi lui-même le torero, le danseur, l’acrobate, le saltimbanque qu’il capture, capable d’abolir la distance qui sépare le sujet qui photographie de l’objet photographié.

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Lucien Clergue, Les Saltimbanques. L’Arlequin, 1955. Épreuve gélatino-argentique, 49,53 x 39,3 cm.
© The Baruch Foundation

Cette vocation naît donc à la fois d’une impossibilité et d’une fascination face à ce qui l’entoure : les premiers albums exposés au Petit Palais représentent des thèmes familiers, des corridas aux paysages arides de la Camargue, des cadavres d’animaux, les gitans des Saintes-Maries-de-la-Mer et les enfants-saltimbanques, ainsi que ses premiers et aujourd’hui célèbres nus artistiques, à la fois sensuels et subtils ; ses mises en scène sont simples et belles, évocatrices. Je pense notamment à la série des Nus zébrés où les corps de ses modèles sont parés par le jeu d’ombre et de lumière grâce à l’utilisation d’un simple store.Ou bien à ces corps qui semblent naître de la mer comme des Vénus des Temps modernes :

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Lucien Clergue, Nu de la Mer, 1958. Épreuve gélatino-argentique, 39 x 49,2 cm.
© The Baruch Foundation.

Lucien Clergue ne renouvela pas seulement la photographie de nu, et c’est la discipline dans son ensemble qu’il œuvra à introduire sur le devant de la scène : grâce à lui, la photographie est parvenue à s’affirmercomme un art à part entière ; preuve en est, elle est aujourd’hui exposée dans les musées au même titre qu’une peinture ou qu’une sculpture.

Son amitié avec Pablo Picasso (qu’il photographia à de multiples reprises) lui donna une visibilité exceptionnelle, mais c’est son talent seul qui explique aujourd’hui qu’on lui rende hommage aux quatre coins du monde.

Lucien Clergue nous a quittés il y a un an, mais il n’a pas fini de faire parler de lui. Je ne peux que vous conseiller de courir au Grand Palais et d’entrer vous aussi « dans les coulisses du drame » en vous plongeant dans ses photographies.

Et pour tous les inconditionnels de Picasso, les éditions Parkstone International ont pensé à tout avec l’ouvrage Picasso dans la collection Focus.

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